Charles Lemaître
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CHARLES LEMAITRE : VOYAGE AU BOUT D'UN REVE

par Daniel Bourdelès © 1999

 

partie 3 sur 3 - partie 1 - partie 2



Claude Chaumont, dans les mots du Père Lemaître


Dans le Calvados, Claude Chaumont demeure aujourd'hui le dernier survivant de la lignée des conteurs patoisants. A l'instar d'Obélix, il est tombé dans le chaudron du Père Lemaître quand il était tout petit : "J'ai été élevé à Fresnay-le-Puceux par mon arrière grand-mère. Le grenier de sa maison était rempli de vieilleries. C'est là que j'ai découvert mes premiers monologues du Père Lemaître. J'avais 14/15 ans. J'ai été tout de suite fasciné par ces histoires qui me semblaient toujours d'actualité". Claude rejoint la toute fraîche association des "Amis du Père Lemaître" en 1979 et commence à présenter ses animations à cette époque. On a pu l'entendre dans les endroits les plus variés : pendant deux ans, chaque semaine, dans un restaurant du Vaugueux (retour aux sources !), dans les fêtes communales et les cars de touristes, dans les maisons de retraite et le Train Vert de la Suisse normande, dans les repas d'anciens et depuis cinq ans au marché à l'ancienne de Cambremer... Il a également animé pendant deux ans une émission sur les poètes normands sur une radio locale. Enfin, on a pu le voir dans le magazine "Bol d'air" sur France 3. Un parcours de passionné.

Son spectacle comprend une trentaine de monologues et de chansons et peut durer jusqu' à deux heures. Quelques "tubes" : "Brigand d'apothicaire", "Défunt men père", "Eiou qu'est le ma ?"... Assurément, le Père Lemaître a légué quelques valeurs sûres qui font encore mouche. Claude Chaumont propose, par ailleurs, une collection de 15 cassettes dont le numéro 119 du Viquet donne le détail (Contes, poèmes et monologues de Ch. Lemaître et d'autres auteurs bas-normands).

Il se souvient de son grand-père et de son père qui allaient ensemble écouter le Père Lemaître dans les cafés du quartier Montoir-Poissonnière, à Caen : "Ils y allaient vraiment pour le plaisir. Quand le Père Lemaître racontait, tout le monde se taisait... Il savait "tenir" son public ! Parfois, quelqu'un venait chercher une histoire pour la redire le lendemain dans une réunion de famille. Alors, il lui en contait une, sans façon, et l'autre repartait tout content avec son histoire dans la tête !".

En cette fin de siècle où les mots et les musiques se métissent à l'infini au gré des influences mondiales, il est sûrement important de conserver un peu du terreau régional de notre début de siècle. Alors, comme le disait une de vos spectatrices :" Monsieur Chaumont, dites-nous donc encore vos patoiseries !"



Le collège Charles Lemaître : voyage au bout d’un rêve


On raconte que le buste du Père Lemaître devait être installé à l'origine place de la République, à Caen, mais, qu'au regard de l'oeuvre un tantinet libertine de l'auteur, le Jardin des plantes se serait avéré un endroit plus discret... Le temps a balayé cette censure des bien-pensants qui aurait sans doute inspiré au poète un conte bien trempé. L'époque est à la reconnaissance du personnage et de son oeuvre et son nom sur les murs du collège d'Aunay-sur-Odon témoigne de la plus noble consécration qui soit.

Ainsi donc, le 20 juin 1998, M. Demoulin, chef de l'établissement, les élèves et l'équipe enseignante ainsi que des personnalités locales ont fêté cet événement. Des histoires du conteur ont été dites. L'exposition habituelle des "Amis du Père Lemaître" a été présentée. Enfin, l'équipe éducative a publié, à cette occasion, un recueil de qualité intitulé "Les p'tits Normands d'agnieu et Charles Lemaître" (Edition du collège d'Aunay. Tél. 02 31 77 64 25. Ouvrage vendu par correspondance).

Comme le précise Georges Manoury dans son ouvrage : "Ce bon vivant, d'extérieur assez sceptique, n'en était pas moins très sensible". Certes, le conteur goûtait les applaudissements mais, plus que tout, appréciait la sympathie sincère.  Ne doutons pas un instant que le Père Lemaître aurait été fort ému par cette reconnaissance.


Le nuage du Père Lemaître s’est immobilisé au-dessus de la cour du collège. Ses yeux pétillants n’en sont toujours pas revenus : un collège pour lui tout seul ! Lui, qui ne fut qu’un écolier modeste (sauf en dessin et en musique, tout de même !), mesure le chemin parcouru. Il contemple "son" collège avec le regard d’un peintre qui vient d’achever sa plus belle toile. Pour sûr, les copains du ciel de Caen vont en pâlir de jalousie : Jules Rame n’a obtenu qu’un nom de rue, Henry Chéron un nom d’avenue et Hélitas un nom de stade... Charles lisse ses moustaches à l’heureuse idée que ses textes soient un jour au programme des potaches du lieu. Il sait bien, en effet, que plusieurs classes de normand existent dans le département voisin de la Manche. Il imagine les joyeux Bocains de quatorze ans se tapant sur les cuisses avec leurs mots d’aujourd’hui : "Woah, c’est génial !", "Ouais, il est cool, l’ancêtre !". Allez, assez rêvé. Le nuage repart vers le seul lieu au monde où il jettera l’ancre pour l’éternité : la maison de son enfance avec son grand jardin et surtout la voix de sa mère si douce à son oreille.


Grâce à l’enthousiasme de ses amis d’aujourd’hui, l’oeuvre du Père Lemaître poursuit son petit bonhomme de chemin dans le Calvados. Ainsi donc, celui qui aura fasciné toute une génération par ses contes malicieux continue de surprendre et de séduire.

La première plaque apposée sur sa maison a été volée. Son premier buste au Jardin des plantes de Caen a subi le même sort. Formulons un voeu simple : que son nom à l'entrée du collège d’Aunay-sur-Odon ne disparaisse pas à son tour !

paru dans le Viquet - 1999