L'origine du mot "noc"
 par Rémi Pézeril et Geraint Jennings

 



Question d'une magènâote :
Je suis actuellement en train d'élaborer un mémoire de master 2 du Muséum national d'histoire naturelle, pour lequel j'ai étudié le marais de Villers et Blonville sur Mer dans le Calvados.
Je cherche désespérément l'étymologie du mot noc que tout le monde emploie là-bas mais dont personne ne connaît l'origine.
Il s'agit en effet du nom local de l'émissaire qui évacue les eau du marais vers la mer.
Pourriez-vous SVP, éclairer ma lanterne?  E.B.


Le no ou noc est le conduit qui amène l'eau sur la roue du moulin, ou plus généralement une conduite d'eau, du latin populaire nauca, de navica "petit bateau" (connu en ancien fr).
Le "no du moulin" fut écrit le 7 juin 1466 dans le rôle du cheminage du Ham (canton de Montebourg) et le 29 mai 1560 par Gilles de Gouberville "...avoyr ung arbre à fère un no a bonde pour le moulin".
Le mot est encore connu dans toute la Normandie centrale et de l'ouest, à Jersey... (au moins). Le no peut être aussi la rigole qui fait le tour du pressoir à pommes...
Source de mon info : H. Gancel, Thèse d'Etat, Le parler normand du Saint-Lois, Fac des Lettres, Caen, 1980. J'ai vu le mot aussi dans le Val de Saire dans les marais)
Voir aussi le dictionnaire historique de la langue française Le Robert : nautique du latin nauticus emprunté au grec nautikos de naus navire (vieille racine indo-européenne : nor = bateau en vieux norrois)  Rémi Pézeril


Le Dictionnaire Jersiais-Français ne donne pas de précisions etymologiques - les deux significations signalées pour "no", "noc" sont :
1 gouttière
2 conduit de moulin
Par hasard, aujourd'hui, j'ai discuté l'avaû-no d'un voisin qui a inondé mon atelier.
En français de Jersey, on parle également d'un aval-noc d'une maison.
En guernesiais, un "nocq" est une écluse. "À nocq" veut dire "trempé". Le Dictiounnaire Angllais-Guernésiais donne "noe" ou "naux" pour caniveau, mais j'aurais dit qu'il s'agit aussi de "nocq".
Et en sercquiais, "nok", c'est la gouttière.

Pour la gniappe, une poésie jersiaise :

Ainsi, ouainsi, gros pêtre,
Couôrrit amont l’noc,
Eune grande achie d’plyie
Lé pitchit bas dans l’ieau!

Ev-chîn lé sole,
Sitchit toute la plyie,
Et pis amont l’noc
Montit l’ithangnie!

(version de Joan Tapley)  Geraint Jennings


Dans le Pays d'Auge, la nôe désigne aussi un grand creux dans le sable qui reste rempli d'eau à marée basse (Thierry Duchemin)


Pouor cha qu'en est des nos, ch'est des p'tits ruissiâos profounds et gllaisous qui travêquent dauns le marais du Grand Veys entre Sante-Marie-du-Mount et Carente. (Alphonse Allain)